Quand le corps dit OFF, le mental passe en ON

Corps

Dans l’univers du sport de haut niveau, le silence est souvent le premier signe d’une rupture. Pas celui du stade, mais celui qui s’installe quand le diagnostic tombe.

Pour ON&OFF, Célia Rivière a accepté d’ouvrir les portes de son intimité pour raconter son combat invisible : une rupture des ligaments croisés à 14 ans, à l’aube de l’INSEP. Un témoignage brut sur la reconstruction, bien au-delà de la simple cicatrisation.

Célia Rivière, photoshoot pour le BLMA en 2021

Le craquement: l'instant où tout bascule

La mutation: du parquet de kiné

Dimanche 11 février 2018. Le match contre Paris 18 se joue à domicile, à Marne Vallée. Il bat son plein. C’est une rencontre capitale, l’enjeu est palpable. Célia s’engage sur sa première réelle action à l’intérieur. Un appui, un pied qui glisse, et l’impensable se produit.

« J’ai senti mon corps tomber et quelque chose craquer à l’intérieur de mon genou droit. À ce moment-là, j’ai vite compris : « Putain, je viens de me faire les croisés ». J’ai eu cette impression de tomber dans un trou noir et que tout s’écroulait. »

Le timing est cruel. À seulement trois semaines des tests d’entrée à l’INSEP, le rêve s’évapore en une fraction de seconde. « Je savais que c’était mort pour moi. J’étais anéantie. »

Comment survit-on au vide quand le quotidien n’est plus rythmé par l’effort ?
Pour Célia, le passage de « sportive de haut niveau » à « patiente en rééducation » est un choc frontal. Le gymnase est remplacé par le cabinet de kiné, presque chaque jour. Alors que ses amies partent en vacances, Célia prend la route de Berck, au centre de rééducation. Un sacrifice nécessaire pour « revenir encore plus forte ».

Mais au-delà de la chair, c’est le lien social qu’il faut protéger. « Mes parents m’emmenaient partout pour que je ne perde pas le fil. Je me suis occupée différemment : je commentais les matchs, je passais les ballons aux entraînements… Je ne voulais pas m’abattre sur mon sort et tomber dans une sorte de dépression. »

L'entourage

Au cœur de cette tempête, un nom revient comme une évidence : Flavie.
Si la famille et le staff médical ont soigné le corps, Flavie a été la gardienne de l’esprit. Dans un milieu où l’on attend de l’athlète qu’il soit une machine, elle a été l’espace de vulnérabilité indispensable.

« J’étais très bien entourée, par ma famille, le médical et toi Flavie », confie Célia.

Plus qu’une simple présence, elle a été un pilier fondamental dans la tempête : « Elle a été une épaule sur laquelle j’ai pu me reposer, et elle l’est encore aujourd’hui, huit ans après. »

L'exil américain pour renaître

Le conseil "ON & OFF"

Si la douleur physique s’estompe, l’isolement psychologique reste « le pire sentiment ». Il a fallu de la patience et des années de doutes. Mais le véritable déclic, la renaissance totale, s’est joué en septembre 2022, lors de son grand départ pour les États-Unis.

« C’est vraiment quand je suis arrivée aux États-Unis que j’ai totalement repris confiance. Le style de jeu est 10x plus intense, il y a beaucoup plus de contacts. La musculation là-bas, c’est un autre monde par rapport à la France. En voyant que mon corps tenait ce niveau d’exigence, j’ai enfin pu chasser la peur. Mon corps était prêt, il fallait juste que la tête suive. »

Aujourd’hui, avec le recul de celle qui a traversé l’épreuve, Célia s’adresse à ceux qui sont dans le noir : « Restez calmes et soyez patients. Occupez-vous un maximum pour ne pas laisser le vide s’installer, et surtout, apprenez à écouter votre corps. C’est votre outil le plus précieux. »

La boucle est désormais bouclée. Aujourd’hui, Célia vit son rêve américain depuis maintenant quatre ans. Elle dispute sa dernière saison universitaire sous les couleurs de West Virginia, où elle évolue au plus haut niveau au sein de la prestigieuse Big 12 Conference en NCAA.

Un parcours d’excellence qui prouve qu’il ne faut jamais abandonner, même quand le destin semble briser vos rêves à 14 ans. La cicatrice est toujours là, mais elle n’est plus une faiblesse : c’est l’armure qui l’a menée jusqu’ici.

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