Eh, tu penses à quoi quand tu cours ?

Corps

Lorsque le coureur est en piste, dehors, il sécrète de la dopamine, l’hormone du plaisir. Cette hormone lui procure une sensation de bien-être et le met dans un état second, il atteint ainsi une plénitude qu’il ne retrouve nulle part ailleurs. Son cerveau se met en mode pilote automatique pendant la durée de sa course et lui permet de se ressourcer, d’entrer dans son moi le plus profond. 

La mécanique de l'esprit

Courir pour se retrouver

Les premiers pas sont souvent lourds, comptés et douloureux, ils poussent le coureur à sortir de sa zone de confort, à se dépasser.  Mais alors, à quoi pense-t-on quand on court ? A tout et à rien, à hier comme à demain. Bref, quand on court, on pense à ce à quoi on ne devrait pas forcément penser. On se demande évidemment pourquoi on s’est lancé dans une telle activité, une telle souffrance. Et puis, lorsque le mouvement s’installe, que l’élan s’impose, la tâche devient plus aisée, plus agréable et plus naturelle. Dès lors, on atteint l’état de flow, un état dans lequel nous sommes pleinement plongés, sans aucun parasite. Un état de contrôle total. 

Mais alors pourquoi court-on ?
En réalité, courir peut permettre de se vider la tête, de faire le point sur sa vie, sur nous-mêmes, sur les autres, ceux que l’on apprécie et ceux que l’on supporte moins. Ainsi, la course apparaît comme une thérapie, un moyen de s’échapper, le temps d’une heure, dans un autre monde.
C’est une sorte de catharsis, une création mentale que l’on s’impose et qui nous plonge dans un état agréable. 

Auto portraits

The New Yorker: Haruki Murakami, écrivain japonais
Wikipedia: Emil Zatopek, coureur tchécoslovaque
Ebay: Forret Gump, 1994

Dans son Autoportrait d’un coureur de fond paru en 2007, Haruki Murakami, écrivain japonais, exprime son amour pour la course de fond et les marathons. Cet amour, il l’a trouvé dans la solitude qu’il considère comme un privilège. Murakami dit également que courir lui permet de faire le vide, d’éliminer les pensées parasites. Il dit aussi « qu’en courant, il n’écrit pas mais qu’il se prépare à écrire ». 

Jean Echenoz raconte dans Courir l’histoire du coureur tchécoslovaque Emil Zatopek qui a battu 8 records du monde et remporté 4 médailles d’or aux Jeux Olympiques. La locomotive tchèque » nous offre une vision mécanique et presque obsessionnelle de la course, il vit la souffrance comme une occasion de se grandir. Jean Echenoz dit ainsi : « Courir, c’est souffrir un peu comme Zátopek, qui faisait du bruit en respirant mais ne s’arrêta jamais. »

En 1994, un film change tout. Son nom ? Forrest Gump. Cette comédie dramatique avec Tom Hanks, raconte l’histoire de Forrest Gump, qui, après la mort de sa mère, décide de parcourir les Etats-Unis en courant alors qu’il souffre d’un handicap moteur. Il devient ainsi le symbole d’une Amérique en quête d’espoir. Forrest Gump pense alors peut-être aux gens qui l’entourent lorsqu’il court, étant donné qu’ils sont nombreux à l’épauler. 

Ce qui reste après l'effort

Alors à quoi pense-t-on quand on court ?
Courir, ce n’est pas seulement penser, c’est traverser, traverser des idées, des souvenirs, des doutes, parfois sans s’y arrêter. C’est laisser l’esprit vagabonder pendant que le corps, lui, continue d’avancer, obstinément. On croit souvent que l’on court pour une raison précise : pour se défouler, pour progresser, pour oublier ou pour comprendre. Mais au fil des kilomètres, ces raisons se mélangent, se dissolvent, disparaissent, s’effacent. Il ne reste plus qu’un mouvement, simple et régulier, et cette étrange sensation d’être à la fois partout et exactement là où l’on doit être. Alors non, je ne sais toujours pas vraiment à quoi je pense quand je cours mais je sais ce qui reste quand tout s’efface.

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