Lorsqu’une carrière s’arrête, une autre démarre. Car contrairement à ce que beaucoup pensent, l’athlète ne reste pas cantonné à son statut de sportif. Grâce à l’héritage, la “legacy” qu’il entretient sur le terrain, il exerce une influence qui va bien au-delà de l’arène. On appelle ça l’engagement extra-sportif.
Fort de sa surexposition dans les médias et sur les réseaux sociaux, l’athlète possède aujourd’hui une image à entretenir, à polir. Dans ce but, quoi de mieux que de défendre une cause dans laquelle il peut se reconnaître parce qu’elle lui paraît juste ou qu’elle le renvoie à sa propre histoire. Dès lors, il s’y rallie et choisit de s’engager pleinement.
En 1936, Jesse Owens, athlète noir américain, participe aux jeux olympiques organisés à Berlin, alors capitale du IIIème Reich. En sprint et au saut en longueur, Il glane 4 médailles d’or au nez et à la barbe de ses adversaires et devient l’athlète le plus titré de ces Olympiades.Le dictateur de l’Allemagne, Adolf Hitler, présent dans les tribunes, refuse de lui serrer la main. Lui dont les théories nazies font la promotion de la prétendue supériorité de la race aryenne, se sent humilié par la victoire d’un athlète noir. Cet épisode entré dans l’histoire illustre l’impact d’une performance sportive sur le monde qui l’entoure. Dans les années 60, alors que la ségrégation raciale continue de sévir aux Etats-Unis, particulièrement dans le Sud du pays. C’est un autre immense sportif, le boxeur Mohammed Ali qui incarne la fierté noire et le refus du racisme.
Au retour des JO de Rome en 1960, alors qu’il arbore autour du cou la médaille d’or olympique, on refuse de le servir dans un fast-food en Louisiane. En plus de cela, il arbore alors sa médaille d’or au cou. Il subit le racisme dans son quotidien à Louisville, un lieu où la ségrégation est forte. Mohammed Ali lance : « Je suis le champion du monde des lourds, mais il y a des quartiers où je ne peux pas habiter ». Bien plus tard, à la fin de sa vie, le 9 novembre 2005, il est décoré de la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile américaine, pour « son engagement en faveur du mouvement américain contre la ségrégation et pour l’émancipation culturelle des Noirs » C’est parce que ses performances sportives lui ont apporté une reconnaissance mondiale que Mohammed Ali a pu exercer une influence sociale et politique aux Etats-Unis, et bien au-delà jusqu’en Afrique. Une fois sa carrière sportive achevée, l’athlète de haut niveau peut également mettre sa notoriété au service d’un engagement social hors des terrains en oeuvrant pour un monde plus juste.
C’est le cas de Raì, champion du monde de football avec le Brésil en 1994 et vainqueur de la coupe des coupes (C2) deux ans plus tard avec le PSG entre autres. Au moment de raccrocher les crampons, il crée en 1998, avec son compatriote Leonardo, autre ancien du club de la capitale, l’association Gol de Letra. Cette association aide les jeunes Brésiliens venant de quartiers défavorisés à s’intégrer socialement par le sport, l’éducation et la culture. Pour ce faire, de nombreux ateliers sont mis à leur disposition. La fondation a été reconnue par l’UNESCO comme un modèle d’organisation mondiale en 2001. L’association œuvre pour réduire drastiquement les inégalités ancrées dans la société brésilienne. Pour recueillir des fonds, la fondation organise notamment un grand tournoi de football l’été où Français, Brésiliens et Portugais s’affrontent dans le cadre d’un tournoi de charité.
Autre exemple d’investissement social d’un grand sportif, le footballeur anglais Marcus Rashford, lorsqu’il évoluait dans le club de Manchester United, dans le nord de l’Angleterre, région en proie à des difficultés sociales, il s’est investi dans de nombreuses actions pour réduire ces inégalités. Il a par exemple conclu un partenariat avec FareShare, une association qui distribue des repas dans tout le pays. Au total, l’association a distribué 21 millions de repas dans toute l’Angleterre, rien que ça ! Pourtant, l’engagement extra-sportif d’un athlète peut parfois sembler vain au vu des nombreuses injustices encore présentes dans le monde du sport lui-même. De nombreux cas de racisme sont encore à déplorer dans les stades, notamment de football.
Lorsque l’on voit qu’un joueur comme Mario Balotelli est victime de racisme de la part de son propre président à Brescia, on peut se demander si le mouvement Black Lives Matter popularisé par de grands sportifs a réellement eu de l’effet jusque dans les stades. Tout au long de sa carrière Balotelli a souvent été victime de racisme, ce qui montre qu’un footballeur même célèbre et influent se sent impuissant face à la douleur de ces mots ignobles. De nombreuses injustices et inégalités sont encore ressenties partout dans le monde du sport malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation. Par exemple, lorsque 6500 ouvriers meurent sur les chantiers du Qatar pour la coupe du monde 2022, on peut se questionner sur l’éthique de l’organisation d’une telle compétition dans des conditions pareilles. Malgré de nombreuses protestations (l’équipe du Danemark a arboré un maillot noir pour protester contre les conditions dangereuses dans lesquelles travailllaient les ouvriers qataris), l’injustice a continué de régner.
Est-ce à dire que ces engagements seraient vains ? Faudrait-il remettre en question leur utilité, voire remettre en cause leur légitimité ? Sans doute pas, les engagements extra-sportifs des grandes vedettes ont toujours contribué à changer les sociétés et à faire bouger le monde par l’exemple. Mais ces investissements individuels, aussi nobles soient-ils, resteront toujours insuffisants si les puissantes institutions comme la FIFA ou le CIO ne s’engagent pas davantage. Pour lutter contre le racisme et toutes les injustices, les grandes organisations sportives internationales sont désormais souvent plus riches et plus influentes que les Etats. Il est de leur responsabilité de faire usage de leur force pour le bien commun et l’intérêt général.